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Illectronisme : définition, chiffres Insee et aides

L'article en 30 secondes
L'illectronisme désigne le fait de ne pas utiliser Internet ou de ne pas maîtriser les compétences numériques de base. L'Insee l'estime à 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus en 2021, surtout chez les plus de 75 ans. Des lieux gratuits existent pour se faire aider : France Services, conseillers numériques, médiathèques.
L’illectronisme est la situation d’une personne qui ne possède pas les compétences numériques de base, ou qui ne se sert pas d’Internet. Selon l’Insee, il concernait 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus en France en 2021. Il ne s’agit pas d’un manque d’intelligence : c’est un manque d’accès, de pratique ou d’accompagnement, que l’on peut combler.
Que veut dire « illectronisme » ?
Le mot associe « illettrisme » et « électronique ». Il décrit la difficulté à se servir d’un téléphone, d’un ordinateur ou d’Internet pour des gestes du quotidien : écrire un courriel, remplir un formulaire, prendre un rendez-vous, payer en ligne.
L’Insee en donne une définition statistique précise. Une personne est considérée en situation d’illectronisme dans deux cas : elle n’a pas utilisé Internet au cours des trois derniers mois, ou elle l’a utilisé mais ne possède pas les compétences numériques de base. Ces compétences sont mesurées dans l’enquête annuelle de l’Insee sur les technologies de l’information et de la communication auprès des ménages.
Retenez une nuance utile. L’illectronisme ne se résume pas à « ne pas avoir de smartphone ». Quelqu’un qui possède un téléphone mais n’ose pas ouvrir une pièce jointe, de peur de se tromper ou de tomber dans un piège, rencontre aussi une vraie limite. Le compte utilisateur et le mot de passe sont souvent les premiers obstacles.
Quels sont les chiffres de l’illectronisme en France ?
Les données les plus récentes de l’Insee sur ce sujet précis datent de l’enquête 2021, publiées en juin 2023 dans l’Insee Première n° 1953. Elles portent sur les personnes de 15 ans ou plus résidant en France, hors Mayotte.
| Indicateur (Insee, enquête 2021) | Valeur |
|---|---|
| Personnes de 15 ans ou plus en situation d’illectronisme | 15,4 % |
| dont celles qui n’ont pas utilisé Internet depuis trois mois | 13,9 % |
| dont celles qui l’utilisent sans les compétences de base | 1,5 % |
| Personnes de 75 ans ou plus concernées | 62 % |
| Jeunes de 15 à 24 ans concernés | 2 % |
| Retraités concernés | 36 % |
| Départements d’outre-mer | 20 % |
| France métropolitaine | 15 % |
Deux enseignements ressortent. D’abord, le premier visage de l’illectronisme est le non-usage : 91 % des cas concernent des personnes qui ne se connectent pas du tout. Ensuite, l’âge pèse lourd, mais pas seul.
L’Insee compare aussi les situations « toutes choses égales par ailleurs ». Les personnes sans diplôme ont environ sept fois plus de risques d’être en situation d’illectronisme que les titulaires d’un bac+3 ou plus. Les 20 % les plus modestes en ont environ 6,6 fois plus que les 20 % les plus aisés.
Une précaution sur la comparaison dans le temps : l’Insee indiquait 17 % en 2019, mais avec un indicateur plus restreint. À méthode comparable, le taux de 2021 s’établit à 14 %. La baisse existe, elle est donc plus modeste que la différence brute entre 17 % et 15,4 %.
Ces chiffres sont des moyennes. Ils ne disent rien de votre situation personnelle, et ils datent : les usages ont continué d’évoluer depuis 2021.
Qui est concerné, et pourquoi ?
On imagine souvent un grand-père face à une borne tactile. La réalité est plus variée.
- Les personnes très âgées, qui n’ont jamais eu besoin d’Internet dans leur vie professionnelle et qui voient aujourd’hui les guichets fermer ou se numériser.
- Les personnes sans diplôme ou avec peu de pratique de l’écrit, pour qui un formulaire en ligne cumule les difficultés.
- Les foyers modestes, où l’abonnement, le forfait ou l’équipement pèsent sur le budget.
- Les habitants de territoires mal couverts ou éloignés des services, où le réseau est inégal et l’aide de proximité plus rare.
Prenons Gisèle, 78 ans, personnage fictif. Sa caisse de retraite lui demande de mettre à jour ses informations « en ligne avant la fin du mois ». Elle n’a ni ordinateur ni adresse de courriel. Pour elle, le problème n’est pas de comprendre le texte : c’est qu’il n’existe aucun chemin évident pour agir autrement.
Les causes sont donc rarement une seule raison. Équipement, connexion, confiance, compréhension des interfaces et peur des arnaques s’additionnent. La crainte de l’hameçonnage est d’ailleurs un frein légitime : mieux vaut hésiter devant un message douteux que cliquer par réflexe.
Quelles conséquences au quotidien ?
Depuis plusieurs années, de nombreuses démarches passent par un site : impôts, assurance maladie, retraite, allocations, carte grise, rendez-vous en préfecture. Une personne qui n’y accède pas peut renoncer à un droit, rater un délai ou dépendre d’un proche pour tout.
Cette dépendance pose aussi un problème de confidentialité. Confier ses identifiants à quelqu’un, c’est lui donner accès à des données de santé, de revenus ou d’état civil. Mieux vaut un accompagnement où la personne garde la main sur son propre compte, avec l’aide d’un médiateur qui explique chaque écran. Les services publics proposent par exemple FranceConnect pour se connecter à plusieurs services avec un seul compte, ce qui simplifie les identifiants, à condition de bien comprendre ce que l’on active.
Où se faire aider gratuitement ?
L’État et les collectivités ont développé un réseau de lieux d’accompagnement. Voici les principaux, dans l’ordre où on peut les essayer.
Les espaces France Services. Ils réunissent plusieurs administrations dans un même lieu et proposent un accompagnement pour les démarches en ligne. Le site officiel France Services permet de trouver l’espace le plus proche.
Les conseillers numériques. Ce sont des professionnels formés à l’accompagnement, présents dans des mairies, des médiathèques, des centres sociaux et des associations. Ils proposent des ateliers et des permanences, souvent sans rendez-vous. Le dispositif est présenté sur conseiller-numerique.gouv.fr.
L’annuaire des lieux de médiation numérique. La cartographie nationale de l’inclusion numérique recense les lieux par commune et par type d’aide : prise en main d’un smartphone, démarches administratives, ateliers pour seniors.
Les mairies, médiathèques et associations de quartier. Beaucoup organisent des ateliers d’initiation. Téléphonez avant de vous déplacer : les horaires varient.
Un test pour mesurer vos compétences. La plateforme publique Pix propose un parcours d’évaluation gratuit pour savoir où vous en êtes et par où commencer.
Que peut-on faire soi-même, étape par étape ?
L’objectif n’est pas de tout apprendre d’un coup. Choisissez un geste utile, apprenez-le, puis passez au suivant.
- Adaptez l’appareil à vos yeux et à vos habitudes. Agrandir les caractères ou faire lire un texte à voix haute change beaucoup de choses. Suivez la fiche pour augmenter la taille du texte sur son téléphone ou celle pour activer la lecture à voix haute.
- Choisissez une démarche concrète. Par exemple télécharger une attestation depuis votre compte d’assurance maladie. Apprendre sur un besoin réel retient mieux l’attention.
- Notez vos identifiants dans un endroit sûr. Un carnet gardé chez soi vaut mieux qu’un mot de passe réutilisé partout. Notre article sur comment créer un mot de passe sécurisé détaille la méthode.
- Faites-vous accompagner pour la première fois. Une séance avec un médiateur suffit souvent à lever la peur de l’erreur.
- Vérifiez avant de cliquer. Un message qui presse, menace ou promet un remboursement doit éveiller votre méfiance.
Et si l’on aide un proche ?
Si vous accompagnez un parent ou un voisin, quelques principes évitent les malentendus. Asseyez-vous à côté plutôt que de prendre la souris. Expliquez ce que vous faites à chaque écran. Laissez la personne saisir elle-même son mot de passe. Proposez-lui un dossier papier avec les démarches déjà réalisées et la date de la dernière.
Pensez aussi à l’accessibilité : une police plus grande, un contraste plus fort, une lecture à voix haute. Le terme d’accessibilité numérique recouvre ces réglages. Notre leçon adapter le confort de son appareil vous guide pas à pas.
L’illectronisme va-t-il disparaître ?
Peut-être pas complètement. Les générations qui ont grandi avec Internet vieilliront en connaissant les bases, ce qui devrait faire reculer le non-usage. Mais les services changent vite, et de nouveaux outils demandent de nouvelles habitudes. Savoir utiliser Internet aujourd’hui ne garantit pas de s’y retrouver demain.
C’est pourquoi l’enjeu n’est pas seulement d’équiper les gens, mais de les accompagner dans la durée, avec des interlocuteurs humains à qui poser des questions simples sans honte.
Les chiffres cités viennent de l’enquête annuelle de l’Insee. Pour les consulter en détail, rendez-vous sur la publication Insee Première n° 1953, et sur le site de l’Insee pour les enquêtes plus récentes sur les usages du numérique.
On nous demande souvent
Quelle est la différence entre illectronisme et illettrisme ?
L'illettrisme concerne la maîtrise de la lecture et de l'écriture. L'illectronisme concerne l'usage d'Internet et des outils numériques. Une personne peut être très à l'aise avec les textes et perdue devant un portail administratif, et inversement.
L'illectronisme touche-t-il seulement les personnes âgées ?
Non. L'âge est le facteur le plus lié, mais l'Insee relève aussi des écarts selon le diplôme, le niveau de vie et le territoire. Des personnes de 40 à 59 ans sont aussi concernées, dans une proportion bien plus faible.
Où se faire aider gratuitement pour une démarche en ligne ?
Dans un espace France Services, auprès d'un conseiller numérique, en mairie, en médiathèque ou dans une association de médiation numérique. L'annuaire officiel des lieux se consulte sur le site de la Société numérique.
Peut-on faire une démarche administrative sans Internet ?
Dans la plupart des cas, un accueil physique ou un courrier reste possible. En cas de difficulté, vous pouvez demander l'accompagnement d'un agent ou d'un médiateur, ou vous faire aider par un proche de confiance sans lui confier vos identifiants.


